L'Enfant et le Maudit

par EmmaNouba,
Voulez-vous définitivement définir votre édition comme Français ? oui

Quel plaisir de retrouver le chef d'œuvre de Nagabe dans ce long métrage, une OAV proposée en trois parties d'une vingtaine de minutes. Adapter un manga tel que L'Enfant et le Maudit (11 tomes, édités en France chez Komikku) est un sacré pari. Le trait épuré du mangaka, si singulier, a d'abord été repéré sur Twitter et la plateforme de partage Pixiv, par un éditeur alors que le jeune homme était encore étudiant. C'est d'ailleurs sous format de manga amateur que naît L'Enfant et le Maudit. C'est à la vue de ce premier dôjinshi que l'auteur aurait, frustré par la qualité de l'ouvrage, décidé de passer professionnel. Et grand bien lui a pris, même s'il intègre l'industrie du manga et se voit obligé de peaufiner ses décors, poste qu'il n'a guère pratiqué auparavant. Qu'à cela ne tienne, l'artiste plonge dans le grand bain en s'inspirant notamment de créateurs telle que Tasha Tudor, une illustratrice américaine très connue pour ses livres destinés à la jeunesse. Le second défi sera celui du scénario.

Une histoire simple et pourtant fascinante

Parti d'un récit de vie quotidienne entre une petite fille, Sheeva, et un personnage sombre et quelque peu inquiétant, le Professeur, Nagabe va tenir le lecteur en haleine, imposant rapidement le fait que cette ombre noire est maudite. Si l'enfant la touche, elle sera condamnée.
De plus, le mangaka pose les bases de son monde scindé en deux : l'intérieur, où vivent les humains, et l'extérieur, qui accueille les Maudits. Tous ont un point commun : ils en veulent à la vie de Sheeva. Pourquoi ? Cela n'a pas réellement d'importance. Le fait est que le Professeur a décidé qu'elle allait vivre et il fera tout pour la protéger. A l'approche de la fin de parution du manga, le studio WIT, déjà producteur d'un premier court métrage adapté de ce titre (que les lecteurs japonais ont pu se fournir en achetant une édition limitée du tome 8), a mis les petits plats dans les grands en lançant une campagne de crowdfunding via Kickstater. Plus de 23 millions de yens ont été récoltés (près de 165 000 euros), un vrai succès.
C'est ainsi que l'équipe ayant déjà réalisé le premier film s'est attelée à la production de l'OAV, Totsukuni no Shōjo, ou The Girl from the Otherside dans sa version anglaise.


Yûtarô Kubo et Satomi Maiya signent la réalisation, le script, le story-board et le chara-design, la direction artistique est assurée avec brio par Yûsuke Takeda (Bamboo). Citons aussi le directeur de la photographie, Takeru Yokoi, ainsi que Akari Saitô (Keep Your Hands Off Eizouken!), à l'editing. Côté musique, le groupe de jazz Schroeder-Headz colle parfaitement à l'ambiance de cet anime tout aussi réussi que le manga originel.

Une petite fille attachante et un maudit bien touchant

Quand débute l'OAV, une ambiance de guerre se mêle à des images en aplat noir, avant que la caméra ne se pose sur l'enfant, Sheeva, endormie au milieu de la forêt, dans une prairie parsemée de fleurs blanches. On comprend rapidement qu'un massacre a eu lieu, et que l'on est dans le pays de l'extérieur. Toute une famille a été décimée par une troupe de soldats. L'image est sombre comme éclairée à la lanterne. Ils sont morts de peur, entre l'angoisse de rencontrer un « être de l'extérieur » ou de tomber sur un « maudit de l'intérieur ».
C'est dans ce contexte que le maudit découvre l'Enfant. Il semble chercher quelqu'un. Même si elle n'est pas celle qu'il pensait trouver, il va l'aider, la sauver. Mais l'un des soldats, le chef de l'escadron, persuadé d'avoir entendu un bruit, va s'enfoncer dans la forêt. C'est par lui que l'on va comprendre la nature de la malédiction qui transforme les humains en maudits, l'étape ultime étant de devenir un arbre. Il sert de fil rouge et représente une des menaces qui pèsent sur la gamine.

Outre le fait que son « père adoptif » ne doit pas la toucher sous peine de la contaminer, la petite est l'objet de convoitises, notamment d'un autre être monstrueux. Le Professeur va devoir être vigilant et pour assurer la sécurité de la petite, il décide de partir en voyage. Le Maudit est partagé : doit-il renoncer à vivre avec l'Enfant pour sa survie ? Peut-il désormais survivre sans elle ? Malgré sa jeunesse, il ne faut pas oublier qu'elle est la seule rescapée d'une famille qui a été décimée car maudite. Et si la petite-fille était aussi contaminée ?

Cette adaptation du déjà formidable manga est une véritable réussite, l'animation avec ses traits tremblants et ses teintes sombres se prête parfaitement à l'ambiance gothique originelle. Côté casting, les choix sont parfaits entre le timbre profond de Jun Fukuyama (Koro dans Assassination Classroom) qui colle parfaitement au Professeur et la voix cristalline de Rie Takahashi (Hime Gotô dans Kakushigoto) pour Sheeva.
On ne saurait que vous encourager à découvrir sans tarder ce duo improbable si attachant.


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