Le meilleur et le pire des anime de 2020
Pa Ming Chiu

par Pa Ming Chiu,
Voulez-vous définitivement définir votre édition comme Français ? oui

A l'heure de livrer un bilan sur 2020, force est de constater qu'on a encore été bien gâtés en séries animées cette année, même si pour ma part, je n'ai pas tant aimé des nouvelles IP originales que des suites, remakes et adaptations. Simple coïncidence ou énième symptôme d'une époque où la prise de risque créative devient de plus en plus rare ?

Top 5

(parmi toutes les séries de l'année disponibles en France)

1 - L'Attaque des Titans (saison 4)

Dans ce début de saison, nous prenons de la distance avec les héros et l'île Paradis. De l'autre côté de la mer, l'Empire de Mahr s'enlise dans un conflit contre le Moyen-Orient et l'utilisation des titans au combat perd en efficacité face au développement de l'aviation militaire.
Sieg Jäger décide alors de relancer l'offensive contre Paradis afin de tenter à nouveau de s'emparer du titan originel.

Bien qu'on ne soit pour l'instant qu'au début de l'arc, l'histoire est toujours aussi ambitieuse et sa scénarisation s'avère largement à la hauteur de celle des précédentes saisons. Les enjeux sont fascinants c'est toujours riche en mystères et révélations choquantes, les nouveaux personnages sont bien développés et on a cette fois un sous-texte qui nous renvoie aux heures les plus sombres de notre histoire.
L'animation du studio MAPPA semble à priori moins luxueuse que celle du Studio Wit et de Productions I.G, mais attendons de voir de vrais moments d'action pour réellement en juger. Quoi qu'il en soit, la mise en scène et les dessins sont pour l'instant d'une très haute qualité.

2 - Haikyû!! (saison 4-1 et 4-2)

Ayant finalement réussi à vaincre Shiratorizawa, l'équipe de Karasuno est qualifiée pour le tournoi national de printemps. Après des stages où chacun se perfectionne à sa manière, le tournoi débute et nos héros vont devoir affronter le redoutable lycée Inarizaki de Hyôgo…

Cette quatrième saison a beau être un bon cran en-dessous des précédentes en termes d'animation, elle n'en reste pas moins magistrale. Et pourtant, certains épisodes particulièrement bâclés (dessins ignobles, animation à l'économie, recyclage abusif de plans) de la partie 4-2 laissaient craindre le pire, mais les moyens ont visiblement été gardés pour le climax et ce dernier est d'une telle puissance que tout est pardonné.
Il est en tout cas toujours étonnant de voir à quel point un « simple » match de volley peut être rendu épique, stratégiquement passionnant et même émouvant. Outre les sakuga qui en mettent plein la vue et la musique exaltante de Yūki Hayashi, il faut surtout rendre hommage à l'excellente qualité d'écriture des personnages, des enjeux personnels et collectifs, des situations et des retournements.

3 - High Score Girl (saison 2)

Contre toute attente, Hidaka est devenue une joueuse incroyablement forte. Mais cela va-t-il suffire pour séduire Yaguchi, dont toutes les pensées semblent tournées vers Ono ? Si Yaguchi a peut-être mûri, il a encore du mal à comprendre et affirmer ses sentiments. Il va pourtant devoir résoudre rapidement ce triangle amoureux s'il ne veut pas blesser les deux jeunes femmes et se blesser lui-même au passage…

La première saison était déjà une belle surprise. Beaucoup l'ont lancé en pensant juste regarder quelque chose de léger et comique sur le retrogaming avant de se retrouver face à l'une des meilleures romances en manga/anime de ces dernières années.
Cette saison 2 ne démérite pas et sert la même recette. Techniquement, ce n'est pas reluisant mais peu importe. Les amateurs de jeu vidéo s'amuseront des références très pointues à tout un pan de l'histoire vidéoludique (l'arcade au Japon, le genre du fighting versus, etc.) mais verront surtout leurs petits cœurs dévastés par une histoire d'amour, certes classique dans le fond, mais ô combien touchante.

4 - Keep Your Hands Off Eizouken!

Midori Asakusa, Sayaka Kanamori et Tsubame Mizaki entreprennent de créer un club dans leur lycée pour se livrer à leur passion commune : l'animation ! Elles vont non seulement devoir batailler pour lancer et maintenir le club au quotidien mais aussi livrer un important film de commande.

Keep Your Hands Off Eizouken! se distingue principalement sur trois points :
- Son aspect didactique sur la production de l'animation au Japon est très intéressant et un must see absolu pour quiconque veut travailler dans ce domaine.
- Le côté tranche de vie est particulièrement efficace avec des héroïnes bien caractérisées et attachantes, des enjeux intimes et un univers décalé et solaire.
- La série met en avant l'importance, pour ne pas dire de la nécessité, de l'imagination et de la créativité. Cet aspect est magnifiquement illustré ici par les ruptures graphiques, lorsque les héroïnes « entrent » dans leurs concepts arts pour interagir avec.

5 - Dragon Quest: The Adventure of Dai (saison 1)

Libérés de l'emprise du Seigneur du Mal après sa défaite, de nombreux monstres coulent des jours paisibles sur l'île de Dermline. Un seul humain vit en leur compagnie : le jeune Daï qui rêve de devenir un jour un grand héros. Son vœu pourrait bien être exaucé plus vite que prévu, mais à quel prix… ?

Toei Animation a mis les petits plats dans les grands pour sa série-doudou de l'année. La réalisation est globalement somptueuse, la mise en scène est inspirée, et confier les musiques au très à la mode Yūki Hayashi (encore lui !) était définitivement une bonne idée.
Pour ce qui est du fond, on est certes dans des tropes éculés mais il ne faut pas non plus se laisser abuser par le côté enfantin et coloré de l'univers fantasy. L'histoire recèle également des thématiques plutôt « adultes » et son lot de drames et de surprises. Il en résulte une vraie intemporalité, une vraie universalité.
A l'instar du manga qu'il adapte, Dragon Quest: The Adventure of Dai n'est pas seulement du shônen traditionnel, c'est du TRÈS BON shônen traditionnel !

Coup de coeur bonus : Gal & Dino

Ce n'est pas forcément la série qu'on rematera en boucle, mais en ces temps où les productions sont de plus en plus frileuses, il faut saluer l'originalité, l'inventivité et l'absurdité décomplexée de Gal & Dino !

Flop 5

(parmi toutes les séries de l'année disponibles en France)

1- Gibiate

Nous sommes en 2030 et le monde est ravagé par la COVID 19 une terrible maladie qui a transformé la plupart des humains en monstres, les Gibias.
Tel des zombies, les Gibias sont non seulement prompts à massacrer tout ce qui bouge mais ils peuvent également infecter leurs victimes et les transformer en leurs congénères. En compagnie de ses amis, la jeune Kathleen est résolue à trouver le vaccin qui sauvera le monde de cette menace. Elle peut notamment compter sur le renfort inattendu d'un samouraï, d'un ninja et d'un moine de l'ère Edo qui ont traversé une faille temporelle pour se retrouver à ses côtés.

La dernière phrase grotesque de ce résumé vous a mis la puce à l'oreille ? Vous avez bien raison. C'est du grand n'importe quoi. Surtout que ce dernier point ne sera jamais vraiment justifié/expliqué et que le ton est parfaitement premier degré. Et ce n'est pas un détail isolé. Tout le reste est aussi mal écrit.
Pour ne rien arranger, la réalisation est ATROCE. L'animation et la mise en scène sont minimalistes au possible, les dessins sont extrêmement inégaux et la 3D (omniprésente) a des décennies de retard sur le plan technique. Il n'y a rien à sauver et tout n'est que choix incompréhensibles, laideur et vulgarité. Un cas d'école.

2 – Listeners

Dans le futur post-apocalyptique de Listeners, la musique n'existe plus et d'étranges créatures, les Sans-Oreilles, s'en prennent aux survivants humains. Seuls les Players, des humains équipés d'une prise jack, peuvent les combattre aux commandes de leurs robots de combat, les Equipments.
Un jour, Echo, un bricoleur habitant dans un bidonville, trouve une Player dans une décharge. Celle-ci se prénomme µ – à prononcer Mu – et a perdu la mémoire…

Si on omet le début qui semble un peu trop copié-collé de Gunnm, la proposition de Listeners a tout pour être attirante sur le papier. Malheureusement, le ton est beaucoup trop premier degré là aussi et toutes les tentatives d'analogies tombent violemment à plat. A chaque nouveau clin d'œil, on a juste envie de lever les yeux au ciel tant ils sont lourds et dénués de toute subtilité. On imaginait aussi de la folie formelle avec un concept de départ aussi barré mais non, tout est incroyablement plat, sans inspiration et sans saveur. Listeners se voulait rock'n' roll dans l'esprit, mais en l'état, c'est juste une mauvaise caricature de cet esprit.

3 – Monter Girl Doctor

Après des siècles de guerre, les humains et les démons vivent désormais en paix. Glen Leitbeit est un vétérinaire humain et il a pour assistante Saphentite Neikes, une femme-serpent qui en pince pour lui. Tous deux s'appliquent au quotidien à soigner les blessures physiques des monstres, mais parfois aussi leurs blessures à l'âme.

Adapté d'un light novel de Yoshino Origuchi, Monster Girl Doctor s'inscrit dans la droite lignée de Monster Musume, à savoir dans cette case bien particulière de la série semi-érotique avec des monstres. Les fantasmes déployés ici mettent donc en scène des centaures, des sirènes, des golems, etc. Il en faut pour tous les goûts après tout. Le vrai souci de Monster Girl Doctor est son manque total d'inspiration. Tout n'est que prétexte à sous-entendus sexuels, on ne sait pas vraiment si on doit rire ou être mal à l'aise devant les tentatives d'humour, et le côté harem (toutes les filles qui tombent amoureuses d'un garçon anonyme et lisse au possible) est particulièrement gratuit ici.

4 - Assassins Pride

Seuls les nobles sont capables d'utiliser la magie mais, malgré son appartenance à une illustre famille de paladins, la jeune Melida Angel ne parvient pas à éveiller son mana. Elle se voit alors attribuer un professeur particulier en la personne de Kufa Vampir. Mais ce dernier a en réalité une mission secrète : il doit déterminer si Melida ne serait pas issue d'un adultère et donc d'un sang impur. Si cela est avéré, il doit l'assassiner…

La base de l'histoire est assez intéressante et ne manque pas de potentiel en matière de «je t'aime, moi non plus », le lore façon Harry Potter en plus gothico-fantasy est séduisant et la direction artistique est correcte. Mais le tout est gâché par une mise en scène maladroite, une réalisation technique qui n'a de cesse de s'enfoncer dans les méandres de la médiocrité, du fan service bas du front et une écriture à la ramasse. La symbolique des noms des personnages est par exemple d'une lourdeur pachydermique, le système de classe des RPG qui se transmet par le sang demande un peu trop de suspension d'incrédulité, l'histoire d'amour est ridicule, il y a des tonnes de raccourcis dans la narration, les enjeux ne sont jamais bien rentabilisés, etc.
La série est sortie fin 2019 mais son désastreux dernier épisode étant sorti le 2 janvier 2020, elle a gagné sa place dans ce flop.

5 - Appare Ranman

Ere Meiji, fin du 19e siècle. Suite à un concours de circonstance, le jeune Appare, un inventeur de génie, et Kosame, un des derniers samouraïs, quittent le Japon pour se retrouver en Amérique. Alors que Kosame ne songe qu'à rentrer au pays pour retrouver sa fiancée, Appare découvre l'existence d'une course transcontinentale et se met en tête d'y participer, avec une voiture de sa conception !

Il peut paraître un peu cruel de mettre Appare Ranman dans un flop. Après tout, il y a bien pire. Ici au moins, la réalisation est correcte, la direction artistique est engageante, les personnages sont bien caractérisés et le setup est enthousiasmant. Mais justement, la série n'en est que plus décevante au final. La mise en scène est d'une mollesse qui n'a d'égale que celle du scénario... On s'attend à voir quelque chose entre L'Equipée du Cannonball, Redline, Steel Ball Run et Mad Max mais il n'en est rien : la course passe totalement au second plan et le récit diverge sans cesse sur des micro-histoires sans grand intérêt. On a l'impression qu'une fois le concept posé, les scénaristes ne savaient plus quoi en faire. Dommage...


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